Les semences éthiopiennes posent une série de questions qui sont souvent sans réponse. Pour qualifier la variété, les importateurs et les torréfacteurs ont recourt à la mention « heirloom » qui ne nous indique rien de plus que l’origine locale des variétés. Ce manque d’information interpelle dans la mesure où les planteurs sud-américains utilisent les variétés pour produire des profils spécifiques et comme argument marketing. Cela peut paraître surprenant dans la mesure où l’Éthiopie dispose de la plus grande réserve « naturelle » de variété au monde. C’est ainsi que la variété dite « Geisha » n’a pas été valorisée par des paysans de Gesha, au Kaffa, mais par des planteurs de Panama au début des années 80.


 Comment expliquer ce phénomène ?
Pourquoi les exportateurs éthiopiens ne renseignent pratiquement jamais la variété du café exporté ?
Qui produit les semences en Ethiopie et avec quelle méthode ?

 La production traditionnelle de semences

Traditionnellement les planteurs produisent eux-mêmes leurs semences. Ils se rendent dans la forêt caféière sauvage alentour, et y prélèvent des cerises pour produire des semences ou de petits arbres aux pieds d’un caféier arrivé à maturité qui seront soit replantés en pépinière ou sur la parcelle du paysan.

Pépinière traditionnelle en Ethiopie

Pépinière traditionnelle de la plantation Olmé – Une ferme suffisamment grande pour avoir sa propre pépinière

Cette technique relativement simple a l’avantage de s’inscrire dans une démarche que l’on pourrait qualifier de « terroir ». En effet, de cette façon les variétés utilisées sont des variétés endémiques. Le problème est que dans une forêt sauvage il existe une multitude de variétés de caféiers. Il est donc pratiquement impossible de parler de mono-variété.

Aujourd’hui encore, dans chaque localité caféière, il y a une ou plusieurs personnes qui produisent des semences de façon traditionnelle pour les producteurs de café alentours. Les semences sont alors issues des forêts sauvages environnantes soit issues de cerises des fermiers de la région. Généralement, ces « semenciers artisanaux » possèdent une pépinière dont ils vendront la production tout en se réservant une partie pour leur propre parcelle. Les grandes plantations possèdent normalement leur pépinière. C’est ainsi que « les petits exploitants ont été la source majeure d’approvisionnement en semences et plants de caféiers pour les échanges informels entre producteurs » (Taye Kuffa et Alii ; 2011). Ce qui est certain c’est qu’il n’existe pas d’entreprise publique ou privée en charge de la production de semences.

Le Jimma Research Center

Aujourd’hui, le Jimma Research Center a la charge de sélectionner et d’enrichir des semences pour les produire. C’est la seule institution publique qui s’implique dans ce domaine. Le Jimma Research Center (JRC) a pour mission de coordonner la recherche sur le café en Ethiopie. Essentiellement depuis 1987, le JRC a pris l’initiative de sélectionner et de produire des semences améliorées initialement pour lutter contre le CBD (un champignon) avec des variétés résistantes. Entre 1979 et 2010, le JRC a produit plus de 175 tonnes de semences réparties dans tout le pays. Les sites de production sont les suivants :

  • Jimma/Limmu : Jimma, Gera & Agaro Research Centers,
  • Nekemte : Mugi & Haru Research Centers,
  • Yrgacheffe/Sidama : Awada, Wondo Genet & Wenago Research Centers,
  • Harrar : Mechara, Gelemsao, Boke & Mesela Resarch Centers

Ces centres ont produit et distribué principalement une dizaine de variétés, par ordres décroissant de production : 74 110, 74 112, 74 1, 74 140, 74 140, 74 158, 74 4, 74 40, 74165.  La signification de ces numéros ou code est assez simple.

74 Les deux premiers chiffres désignent l’année de découverte soit 74 pour 1974.

110 Le numéro qui vient est le numéro d’échantillon donné lors du prélèvement. Les techniciens et chercheurs du Ministère de l’agriculture se rendaient dans la forêt pour observer et repérer les arbres qui résistaient par exemple à la rouille, au CBD, etc. Une fois repéré il prélevait un échantillon qui était numéroté, s’il s’agissait d’une variété non répertoriée elle était répertoriée selon ce code : année-numéro d ‘échantillon. Aujourd’hui, quand le JRC découvre ou développe des semences enrichies elle lui donne un nom de lieu comme par exemple Mana Sibu qui est une localité proche de Gimbi et qui a donné son nom à une variété. Ceci illustre l’incroyable diversité des forêts caféières éthiopiennes.

Variété 74 110 utilisée dans la plantation Olmé à Jimma

Variété 74 110 utilisée dans la plantation Olmé à Jimma

Malgré tous les efforts du JRC, la production de semences ne parvient pas à satisfaire la demande. La production en 2010 a retrouvé son niveau de 2005 pour fournir un peu moins de 20 % de la demande. Les raisons sont multiples, nous pouvons citer le manque de terres disponible pour la production de ces semences, problèmes d’irrigations, problèmes de stockage. Il n’y pas vraiment d’acteurs véritablement structurés, public ou privé, qui produit ces semences, ce qui est également une raison majeure de ce déficit de production. Il n’existe pas non plus de standards nationaux, ni de certification (Taye Kuffa, 2011). A cela vient s’ajouter des problèmes simples concernant la nature et le nom des variétés plantées.

La préservation de la biodiversité génétique

Cependant, n’est-ce-pas aussi chance ?

En effet, ce côté artisanal permet dans une certaine mesure de préserver une certaine biodiversité. Nous avons vu plus haut que la production du JRC se concentrait sur une dizaine de variétés. La méthode traditionnelle ou artisanale a généralement permis la culture de variétés prélevées localement et donc renforcés les terroirs de café en accentuant leur spécificité. La diversité et la spécificité ne doivent-elles pas primer sur l’information et la mono-variété ? Il est primordial pour les rendements d’augmenter la production de semences pour satisfaire la demande, améliorer les rendements, les résistances aux maladies avec semences améliorées, mais il serait souhaitable que cela se fasse en préservant l’unicité des terroirs et la diversité des variétés.

Jacques, responsable de l’Agence Belco en Ethiopie

BIBLIOGRAPHIE

Taye Kuffa et alii ; « The contribution of coffee research for coffee seed delopment in Ethiopia »; in Journal of Agricultural Research and Development Vol. 1 (1). pp. 009-016, December 2011.  www.e3journals.org/Ejard

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