La semaine dernière, Nicolas et Ángel étaient au Brésil, venus rendre visite à quelques-uns de nos exportateurs partenaires et goûter les nouveaux cafés de cette récolte. Bonne nouvelle, ces cafés se sont avérés très prometteurs ! C’était également l’occasion d’avoir leurs points de vue sur la situation caféière du Brésil, et bien sûr d’avoir de leurs nouvelles en général !

Notre première visite nous a emmenés juste à côté de São Paulo (point de départ) où nous avons rendu visite à nos amis de FAF, situés à Mococa (à 3h30 de route de São Paulo). Vous les connaissez peut-être mieux sous le nom de leur fameux café Bob-O-Link.

C’est toujours un plaisir de rencontrer la famille Croce. Leur bonne humeur et leur enthousiasme se transmettent après quelques minutes passées à leurs côtés.

Nous avons été reçus par Marcos et ses fils, Felipe & Daniel, qui nous ont emmenés jusqu’à  la Fazenda Ambiental Fortaleza (FAF). Ce que Marcos a fait dans cette région et avec ses producteurs partenaires est admirable et respectable.

L’histoire du Bob-o-Link

Arriver à FAF et visiter les différentes fermes partenaires du projet sont des choses qui donnent une image très différente de la production caféière brésilienne. Des fermes d’altitude entourées de montagnes, une production sous ombrage, en agriculture biologique, des ruchers, des abeilles et du miel… Vous comprenez rapidement que vous entrez dans quelque chose de très spécial.

Lorsque Marcos et sa femme, Sylvia, rentrèrent des USA, après avoir hérité de la ferme, ils ne connaissaient pas grand-chose à l’agriculture. Ils étaient surtout contents du changement et avaient des convictions personnelles fortes qu’ils souhaitaient adapter à leur ferme.

Ils ne voulurent pas continuer à exploiter la ferme comme elle l’était précédemment.

Tout d’abord, cinquante familles vivaient sur cette ferme. Cependant, les Croce ne voulaient pas des employés, mais des partenaires investis dans le projet. Ils leur proposèrent bien plus que cela : en commençant par l’éducation, ils leur demandèrent de s’engager dans leur projet. Comme le dit Marcus, certains acceptèrent, d’autres non.

Ensuite, ils s’attaquèrent au système de production. Ils étaient convaincus de l’importance de la production biologique, même si elle était encore inconnue au Brésil, à l’époque. La production, comme ils le savent aujourd’hui, diminua (ils produisent aujourd’hui 10 % de ce qu’ils produisaient).

« Donnons-lui un nom » : Fazenda Fortaleza, fut rebaptisée Fazenda Ambiental Fortaleza.,

« Comment puis-je améliorer ma qualité ? ». Marcos voyagea en Amérique Centrale pour voir comment la production était réalisée dans d‘autres pays. Il découvrit une chose qu’il voulut absolument appliquer chez lui: la production sous ombrage. C’est à ce moment que son fils, Felipe, l’aida le plus. Formé par un torréfacteur américain, il apprit beaucoup de choses sur le café. Il comprit alors que ses parents étaient en train de faire quelque chose de bien et qu’il pouvait les aider à faire encore mieux. Daniel, son frère, suivit le pas lui aussi. Un expert avec une cuillère, l’autre avec une calculatrice. FAF avait tout pour débuter son modèle de production agricole.

Pour être complet et surtout durable, ils commencèrent à produire d’autres produits. Du bois (utilisé pour des lits africains servant à faire sécher le café, jusqu’à la table familiale), des abeilles et du miel (un parfait indicateur de biodiversité), la protection de l’eau, une production horticole, laitière et du tourisme rural (ils reçoivent des visiteurs durant toute l’année).

Le projet fonctionnait: même si les volumes de café diminuaient, les fermes voisines  commençaient à s’intéresser au projet… C’est ainsi que le projet Bob-o-Link débuta.

Le Bob-o-Link est un oiseau migrateur qui passe l’hiver en Amérique du Sud (Bolivie, Argentine, Brésil) et l’été aux USA et Canada. Très touché par le développement des monocultures dans ces pays, cet oiseau migrait de moins en moins. Les Croce vivaient pourtant sur un axe de migration du Bob-o-Link : tout portait à donner à leur café le nom de cet oiseau.

Marcos explique que la première chose qu’il dû faire, fut de vider les sodas et autre mal-bouffe des frigos des caféiculteurs. «  Vous êtes, ce que vous mangez » leur disait-il. « Comment changer la philosophie de quelqu’un qui boit du coca au lieu d’un jus de fruits produit avec les fruits de son jardin ? ».

Pour devenir un producteur Bob-o-Link, les règles sont les suivantes :

  • Commencer à planter des arbres d’ombrage pour les caféiers et pour la ferme
  • Créer des canaux pour préserver l’eau
  • Diminuer l’utilisation de fertilisants et pesticides
  • Installer des lits africains & machines de triage dans les fermes (avec leur aide financière)
  • Récolter sélectivement. Étant donné que les fermes sont de petites structures de montagne, la récolte est faite à la main
  • Les aider à changer leurs habitudes alimentaires
  • S’intéresser à la dégustation et l’analyse sensorielle de leurs cafés
  • Avoir des productions alternatives. Il est commun de voir dans la ferme des vaches, pour fournir tous les produits laitiers, ainsi que des ilots de produits horticoles
  • Avec tout cela, les oiseaux et abeilles viendront. Pour les premiers, ils demandent du respect, pour les seconds, ils demandent l’installation de ruches.

Figure 2 Bob-o-Link

Marcos dit que chaque étape est très importante, mais que si la qualité n’est pas présente, personne n’acceptera de payer le prix de ce qu’ils font. C’est là que le travail de collaboration commence avec les caféiculteurs voisins, pour aller vers la qualité.

Ils forment les partenaires pour qu’ils soient en mesure d’accroître la qualité de toutes les étapes de production. Pour la sélection post-récolte, c’est Felipe qui est l’homme de l’ombre : dégustant chaque échantillon pour connaitre la direction prise.

Un café Bob-o-Link, doit atteindre une note de 84-86, selon l’échelle de la SCAA. S’il ne les atteint pas, il n’est pas inclus dans la sélection. Si un “microlot” se démarque par sa qualité, ils le séparent et le vendent comme leur “special reservas”.

Figure 2. Dégustation de quelques cafés avec Felipe

Figure 2. Dégustation de quelques cafés avec Felipe

Ce qui commençait comme étant le projet d’une ferme, est aujourd’hui le projet de 50 caféiculteurs impliqués, desquels (selon Marcos) 28 sont complètement convertis à la philosophie Bob-o-Link.

Changer l’état d’esprit et faire rentrer autant de personnes dans ce projet a pris 10 ans à la famille Croce.  À présent, leur objectif est de devenir un modèle de production durable pour tout le pays.

Ce que nous aimons aussi de FAF, c’est une phrase que Marcos nous a dite: « Nous avons voulu former au café chaque producteur autant qu’ils pouvaient l’être. Autrement, ça serait le projet d’un homme, et vous savez ce qui se passe si jamais cet homme vient à manquer… ».

Figure 3. Marcos "le chef" de Mococa, et son chien lupa!

Figure 3. Marcos « le chef » de Mococa, et son chien lupa !

Avant de partir, j’ai dit à Marcos ce que j’aime dire à beaucoup de caféiculteurs qui travaillent avec nous: nous aimons toujours travailler avec des producteurs qui sont comme des saumons, c’est-à-dire ceux qui vont toujours contre le courant, ceux qui suivent toujours le chemin le plus difficile. Quel intérêt sinon ?

Nous sommes très heureux de vous annoncer qu’en plus de continuer notre Bob-o-Link nature, nous allons également vous proposer de nouveaux cafés ! Deux nouveaux Bob-o-Links volent vers l’Europe pour cette nouvelle récolte : le pulped natural & le bob-o-Link jaune (constitué uniquement de variétés jaunes).

Figure 4. Fazenda Bela Vista: la vue d’un colibri est toujours un moment d’émotion

Figure 4. Fazenda Bela Vista: la vue d’un colibri est toujours un moment d’émotion

Restez connecté sur le blog pour la seconde partie de notre chronique brésilienne : “Les histoires inédites du pão de queijo : rouler à 160 km/h sur la route du Cerrado… C’est ce que spécifie l’IGP!”

Ángel

* Le « pão de queijo » est un petit pain au fromage que l’on déguste au Brésil au petit-déjeuner, mais sans restriction le reste de la journée !

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