Vous êtes toujours là ? Reprenons notre discussion sur la chaîne logistique du café: qui tient quel rôle dans la filière café.

Si vous vous souvenez de mon dernier article, je m’étais arrêté au contrat FAB (Franco à Bord), plus connu sous le nom de FOB (Free On Board), du côté des producteurs donc. Si vous ne vous en souvenez pas, vous pouvez le relire ici! Voyons donc ce qui se passe ensuite au niveau du monde de la consommation….

1.    Dans le cargo

Le café est donc dans le cargo prêt à faire le voyage vers sa nouvelle maison.

Mais que ce passe-t-il pour le café une fois embarqué ?

Et bien c’est à ce moment que le café change de propriétaire, passant des mains du producteur qui lui dit au revoir et lui souhaite un futur prospère, vers les mains de son nouveau propriétaire.

En FOB, le vendeur s’acquitte de ses obligations lorsque la marchandise a franchi le bastingage du navire au port d’embarquement. Le conteneur de café se trouve alors dans le cargo, qui appartient à une société de transport et non pas à l’importateur.

C’est important de rappeler ce détail car beaucoup de personnes ont tendance à penser que l’importateur n’est qu’un simple expéditeur, alors qu’il est beaucoup plus que cela.

conteneurs de café chargés sur un navire (source: Fendre les Flots)

Conteneurs de café chargés sur un navire (Source: Fendre les Flots)

Quand cette étape est terminée, le café est payé par le nouveau propriétaire à l’exportateur. Le café est payé en échange des documents d’expéditions,de livraisons & d’embarquement, requis afin de pouvoir récupérer la marchandise une fois arrivée au port de destination.

Cette transaction est faite 3 semaines avant que le conteneur arrive au port, mais le plus souvent elle s’effectue plutôt 1 mois avant. Parfois en fonction de l’origine de l’exportation / importation, cette transaction peut prendre plus de temps. A cela, nous pouvons également ajouter (dans des conditions normales) 1 semaine de plus avant que les conteneurs arrivent en entrepôt (déclaration à la douane, déchargement etc…).

Vu comme cela, ça à l’air simple, mais c’est une des parties cruciales de notre travail et je vais vous expliquer pourquoi…

2.   Le financement d’un achat FOB

Un producteur (qu’il soit caféiculteur, coopérative ou exportateur) qui peut se permettre de vendre son café en FOB a normalement une bonne trésorerie et une bonne logistique. En effet, il est capable de tout financer : sa main d’œuvre, la cueillette des cerises, la préparation des cafés, jusqu’à l’embarcation sur le cargo (en passant par les documents d’exportations, le paiement des taxes d’exportation, etc…). Après toutes ces dépenses, il est encore capable d’attendre son paiement.

Cela semble normal, mais je vais vous expliquer pourquoi cela reste très compliqué pour les producteurs :

  • Des banques locales frileuses. Dans beaucoup de pays, il est compliqué pour les producteurs de bénéficier de crédits de la part des banques locales. Cela signifie concrètement ne pas avoir d’argent pour travailler la plantation tout au long de l’année et pour les récoltes.
  • Des crédits facilités par les exportateurs locaux et mutlinationales. Ces acteurs donnent des crédits aux producteurs pour leur travail (pour vous donner une idée claire en terme de temps, cela se fait juste après la fin des exportations), mais également pour la récolte afin qu’ils aient assez d’argent pour payer leurs cueilleurs.

Dans le cas d’une vente sur une base FOB, les producteurs récupèrent leur argent jusqu’à un an après la production. Même si la plus-value financière payée par l’acheteur en FOB peut être intéressante pour eux, ils ont tout de même besoin de suffisamment de trésorerie pour absorber tous les coûts.

De plus, le paiement pourrait avoir du retard, ou pire encore, l’acheteur pourrait faire défaut de paiement…

3.   L’accompagnement des torréfacteurs

De l’autre côté de la chaine logistique, les torréfacteurs ont traditionnellement toujours eu accès à de l’achat à crédit, mais seulement pour des paiement programmés : 15 jours après livraison, 30 jours après livraison etc…Si un torréfacteur prenait tout le café qu’il achète en une seule fois, sans l’intervention de l’importateur, il devrait ajuster sa comptabilité pour pouvoir payer 45 jours avant de recevoir le café et non pas dans l’autre sens.

A part cet aspect financier, un importateur prend en charge toute la logistique :

  • Décharger le conteneur
  • Repeser à l’arrivée
  • Préparer les échantillons
  • Contrôler la qualité à l’arrivée
  • Stocker (au minimum pendant tout le mois suivant son arrivé)
  • Faire le FOT (Free On Truck), c’est à dire mettre le café sur palette (le café voyage sans depuis l’origine jusqu’en Europe !), emballer la palette, pour que le torréfacteur puisse venir le chercher.

Puis vous connaissez l’histoire…ces précieuses graines seront torréfiées grâce à vous et l’extraction sera faite de manière à combler les consommateurs habituels 😉 !

torrefaction Et maintenant pour finir et introduire mon prochain article, une question piège… Qu’est-ce que le « Direct Trade » pour vous?

Angel, pour l’équipe Belco

PS: Pour ceux qui souhaitent embarquer sur un cargo, nous avons suivi ces derniers mois l’aventure de Fendre les Flots. Recueil de poésie de Raymond Queneau, l’écrivain Havrais Christophe Guérin a choisi ce titre pour réaliser un film à bord du cargo Sainte Marie. Un voyage de 42 jours , entre Le Havre, les Antilles et le Brésil, pour découvrir l’aventure maritime du café.

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