Nous continuons notre série d’articles sur la thématique « produire de manière responsable » initiée par Marjorie, consultante agronome chez Belco. Voici le second volet concernant un enjeu majeur de la caféiculture : la gestion de l’ombrage. Si vous n’avez pas lu le précédent article, cliquez ici.

La caféiculture : le défi face à l’adversité

Je peux dire avec certitude que chaque fois que nous travaillons sur le terrain avec nos partenaires, nous confirmons la forte adaptabilité du café à toutes ses étapes ; Après avoir rendu visite à l’un de nos fournisseurs au Cameroun l’année dernière, je me souviens avoir demandé à Jacques – de notre agence en Éthiopie – des sources bibliographiques qui pourraient m’aider à mieux comprendre certains problèmes spécifiques, et la conclusion de notre discussion fut :

« La nature vous donne tout ce dont vous avez besoin« .

Je me souviens aussi de lui, d’avoir préparé avec soin une liste d’arbres qui pourraient être plantés et utilisés contre certains problèmes identifiés sur cette ferme. Car en effet, je suis tombée complètement d’accord avec Jacques.

L’Ethiopie est toujours une référence.

L’Ethiopie est le pays où l’on cultive traditionnellement les caféiers à l’ombre des arbres et où l’on peut obtenir de magnifiques grains ; si vous avez eu la chance de visiter ce pays, je suis sûre que vous avez entendu plus d’une version décrivant la manière dont les premiers grains de café ont été découverts ; et si vous aviez le temps, vous avez peut-être tenté l’aventure de visiter une forêt à la recherche du célèbre café sauvage. Dans mon cas, ce que j’ai vu dans les forêts était tout à fait différent de ce que à quoi je m’attendais. A ma dernière visite, je me suis ainsi sentie beaucoup plus motivée pour enquêter et mieux comprendre la réalité complexe de nos producteurs de café en Éthiopie, où plusieurs transformations se produisent.

Ici, la forêt de Gera est un exemple de système agroforestier conservant la forêt primaire.

Café sauvage d’Ethiopie?

Le café sauvage a été considéré comme un « système d’exploitation agricole », mais ni les caféiers ni la forêt n’assurent la moindre gestion. De telles zones sont censées être protégées, mais ce que l’on y trouve souvent, ce sont des extensions de terres déboisées et de très vieux et grands « arbres » de café essayant de survivre. Une étude de l’Université de Jimma affirme que les cafés sauvages de la forêt tropicale représentent 5% des terres de café, tandis que le café de semi-forêt et le café de jardin sont deux systèmes plus souvent utilisés pour lesquels la déforestation tend à être une norme.

Les quatre systèmes d’exploitation agricole en Éthiopie.

Il ne s’agit pas seulement de juger.

Des institutions prestigieuses en Ethiopie ont mené plusieurs études en faveur de la conservation des forêts, la plupart de ces études montrant comment les arbres d’ombrage indigènes tels que l’Acacia, l’Albizia, le Millettia, le Grevillea et le Cordia pourraient aider les caféiers à mieux s’adapter, à produire plus de grains et donc augmenter les rendements. D’autres études considèrent les pratiques d’adaptation et d’atténuation – telles que la replantation de tels arbres d’ombrage – comme des stratégies pour assurer une production durable de café et pour maintenir également un écosystème durable. L’un des articles les plus récents que j’ai lu suggère que les régions productrices de café en Éthiopie pourraient se développer malgré le changement climatique, à condition que les agriculteurs déplacent leurs fermes à des altitudes plus élevées et adoptent d’autres stratégies d’atténuation telles que l’irrigation et le paillage (même si la technique du paillage est déjà souvent utilisée par de nombreux producteurs). Mais mettons-nous maintenant dans la peau des petits exploitants : sont-ils conscients des effets négatifs de la déforestation ? Connaissent-ils la gestion forestière et la gestion du café ? Connaissent-ils le rôle des arbres d’ombrage indigènes pour le café et l’environnement ? Sont-ils soutenus techniquement et économiquement ? Le café est-il aussi rentable que quelques années auparavant ? Dans quelle mesure serait-il réaliste de monter leurs propres fermes ? Qu’en est-il de l’écosystème actuel dans des terres aussi élevées ?

Dans l’état actuel des choses, nous ne devons pas être surpris à l’avenir si les prix du café biologique augmente drastiquement et que la culture du café en Éthiopie devient dépendante des pratiques conventionnelles telles que la fertilisation inorganique et les systèmes de culture en plein soleil.

Nous faisons l’effort d’identifier plusieurs espèces d’arbres indigènes pour partager avec nos producteurs leur rôle dans la production de café.

Pendant ce temps, dans d’autres régions …

Les régions caféicoles d’Amérique latine et d’Asie sont également confrontées aux effets négatifs du réchauffement climatique ; l’apparition et la dissémination de la rouille des feuilles et de l’agrile du caféier, ainsi que la réduction des rendements et de la qualité du café en sont quelques exemples. Comme en Éthiopie, la culture du café représente en Amérique centrale la seule source de revenu utilisée pour acheter de la nourriture et des fournitures pour la culture des céréales de base ; en d’autres termes, la sécurité alimentaire est fortement menacée. D’autres agriculteurs passent du café à d’autres cultures. Les pays producteurs de café en Afrique, comme le Cameroun où des températures extrêmement élevées et des pluies excessives sont enregistrées, ne sont pas une exception. Un de nos producteurs de café au Kenya est un excellent exemple d’adaptation des systèmes de culture du café. Il explique ainsi : « je fais toujours très attention en taillant. J’ai deux saisons de récolte dans l’année et parfois il faut « sacrifier » un pourcentage de ma production pour obtenir mes fermes en cours de renouvellement, pour garantir une productivité plus élevée à court ou moyen terme ». La diversification des variétés lui donne aussi de l’espoir.

Les facteurs qui affectent la culture du café en Ethiopie.

La disponibilité de l’eau provenant de sources naturelles est gravement affectée par la déforestation ; l’érosion du sol est souvent constatée dans de nombreuses plantations de café, ce qui entraîne d’autres conséquences négatives.

Des variétés de café résistantes et plus productives sont introduites par les producteurs. La production de volumes plus élevés semble être une meilleure option pour augmenter leurs revenus. Ce sont de bonnes nouvelles : certains de nos partenaires développent des projets intéressants dans la recherche de l’amélioration de la qualité du café, de ces variétés au niveau de la ferme et de la transformation, et les résultats sont jusqu’à présent positifs !

Garantir la disponibilité de cafés de haute qualité est maintenant un grand défi pour les producteurs. La majeure partie de notre travail sur le terrain concerne la sensibilisation à l’impact environnemental de la production du café, qui semble parfois être un problème non pertinent pour eux. Ils ont besoin d’être plus soutenus et, comme d’habitude, je recommanderais le développement de programmes éducatifs pour apprendre à adapter le café à ces conditions changeantes, à respecter la nature et à profiter de façon responsable de ses ressources.

Marjorie, pour l’équipe Belco

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